Michel Collot attache la parole aux sensations qui la motive. C'est que la posie, chez lui, est tout autant lie un certain tat de corps qu' quelque tat d'me . Cet tat du corps correspond un tat de grce ou de disgrce o, cessant d'tre l'instrument docile et inaperu de ses actes et de ses paroles, le corps attire soudain l'attention sur lui-mme. Au lieu de se disperser dans tous les sens au-dehors, voil qu'il invite revenir au foyer d'o partent ces mouvements centrifuges qui font l'ordinaire de notre existence. Le corpsest un carrefour, et le pome doit pouvoir en tmoigner, en rendre l'exprience, un carrefour o se rencontrent le moi, le monde et les mots. Comme tel, il est une source de la posie et une ressource de la pense. De ce monde du silence monte un pressant appel la parole conduisant la recherche des mots pourexprimer les sensations muettes qui l'habitent. Or cette recherche s'opre elle aussi d'abord ttons depuisle plus obscur de la chair, dans les mille replis d'une matire ingnieuse, o des messages se mettent circuler, frayant des chemins imprvus la pense. Le corps devient le lieu d'un change intense et incessantentre le dedans et le dehors, les ides et les sensations, les mots et l'motion.

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